Ma Vie

 

Mémoires de

Mireille  Larroque

 

 

 

V

ers les années 1920 vivait à Garches, au 17 rue de la Tuilerie, une jeune veuve de la guerre 1914-1918, prénommée Estelle. Son mari, Julien, avait été tué en 1917 dans les environs de Verdun. Elle travaillait à l’Institut Pasteur dans le service du Docteur Roux.

Tous les jours passait par là un jeune facteur des PTT qui distribuait le courrier et qui levait parfois les yeux vers la fenêtre d’Estelle, dans l’espoir de l’apercevoir et de la saluer. C’était René, un provençal qui avait atterri à Garches par hasard, pour les besoins du service postal. En plus de son travail à la poste, René qui était musicien, dirigeait à ses moments perdus, l’harmonie municipale. Lui-même jouait fort agréablement du cornet à piston, avec beaucoup de talent. René, qui lui avait fait la guerre à Salonique, était toujours célibataire, et faisait le projet de connaître mieux la jeune Estelle et pourquoi pas, de l’épouser, car elle lui plaisait beaucoup. Il la trouvait d’ailleurs fort convenable et assez jolie.

Il arriva ce qui devait arriver. Un beau jour ils se marièrent et l’harmonie municipale leur fit une belle fête en leur offrant le Bal de leur mariage qui fut très gai.

Il est très facile de comprendre qu’Estelle était ma mère et René, mon père.

 

Une vie sereine s’installe chez le jeune couple, entre la Poste pour l’un, l’Institut Pasteur chez l’autre, et la musique, surtout la musique qui joue un grand rôle dans leur vie. Et puis, un jour, un heureux événement s’annonce, une future naissance se prépare.

Le 28 août 1926, à trois heure de l’après-midi, le bébé arrive à la maison de la rue de la Tuilerie. Les voisins entendant les cris du bébé, disent : « C’est sûrement un garçon, il a une bonne voix ! ». Mais le papa tout neuf ouvre largement la fenêtre et annonce triomphalement à tous : « C’est une petite fille, et elle est belle », avec son superbe accent provençal dont il ne s’est jamais départi. Et voilà, c’est l’arrivée de Mireille.

Grâce au bon lait de sa maman, Mireille devient un bon gros bébé grassouillet et peu à peu une jolie petite fille potelée. Le dimanche, parfois, nous allons assister à des concerts de musique en plein air et, le soir, Mireille s’amuse à jouer des cymbales avec les couvercles de casseroles de sa maman, au grand amusement de Papa.

Nous allons souvent chez une amie de Maman qui s’appelle Aimée où la petite Mireille s’amuse à contempler les petits lapins et les chats. Déjà, à ces moments là se développait mon attirance pour les animaux, quels qu’ils soient.

Papa prenait des cours pour devenir Receveur des Postes et il travaillait dur pour y arriver. Et il a réussi. Un jour il reçut sa nomination pour Roye-sur-Matz, dans l’Oise.

 

Le jour du départ pour Roye-sur-Matz arrive. Nous quittons Garches où nous avions été si heureux pour l’inconnu. Pour une petite fille de 3 ans c’était un événement, et mes parents avaient le cœur un peu serré de quitter les amis et connaissances. Je revois encore mon père marchant gaillardement devant nous, la grosse valise posée sur son épaule et saluant tout le monde au passage. Puis nous arrivons dans notre nouveau village, Roye-sur-Matz, dans le département de l’Oise.

Nous allons demeurer dans une grande maison de briques composée tout d’abord du bureau de poste avec un standard téléphonique à fiches, et d’une petite salle d’attente avec une cabine téléphonique. Sur le devant de la maison, au dessus de la porte et des deux fenêtres du bureau, une indication « POSTE – TÉLÉGRAPHE – TÉLÉPHONE ». Sur l’arrière de la maison se trouvait l’appartement du Receveur, composé d’une cuisine, d’une salle à manger et de deux chambres. Un escalier donnait au 1er étage sur un grenier et une chambre mansardée. Je trouvais cette maison immense, comparée au petit appartement de Garches. Dehors dans une grande cour, étaient installées des dépendances : buanderie, bûcher et appentis. Au-dessus de la cour, sur une dénivellation, il y avait un grand jardin avec 1 ou 2 arbres. Ma mère était ravie, en qualité de fille d’agriculteurs, elle se promettait d’y faire pousser de beaux légumes.

La Poste se trouvait au centre du village entre l’Église et l’École, non loin de la rivière qui s’appelle le Matz. Une surprise nous y attendait : le précédent Receveur nous avait laissé son chien, un berger allemand un peu bâtardé qui répondait au nom de Toby. Nous l’avons adopté naturellement et en ce qui me concerne, j’étais contente d’avoir un chien, un copain à choyer et un camarade de jeu. Mon premier chien !…

 

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